23 octobre 2008
Récents écrits
La revue Vidéoformes a réalisé un portrait que je vous invite à lire à cette adresse...
http://fr.calameo.com/read/00001127751285d07f6ac
21 octobre 2008
des Graffitis de Science Fictions chez William Gibson
Le magasin de Sunset avait ete enduit d'un vernis qui absorbait les graffitis. Les gangs de momes arrivaient et taguaient; vingt minutes plus tard, ces taches qui avaient vaguement la forme de crabes et une couleur d'un bleu sombre surgissaient en glissant le long de la façade. Rydell n'avait jamais compris comment cela fonctionnait, et Durius pretendait que le pro-cede avait ete invente a Singapour. La chose paraissait incluse a quelques millimetres de la surface - recouverte d'un enduit mat - et cependant capable de se deplacer dessous. Materiau intelligent, c'etait ainsi qu'ils l'appelaient. Et les taches se diri-geaient vers le tag, quel que fut le gribouillis artistiquement abstrait qui avait ete appose la pour affirmer sa fidelite ou mar-quer son territoire ou jurer vengeance (Durius etait capable de les traduire et d'en batir un recit), et elles commengaient a le devorer. Vous ne pouviez pas voir bouger les pattes de crabe. Elles s'insinuaient dans le dessin et peu a peu l'effacaient, ses molecules de peinture aspirees dans le bleu outre-mer des mangeurs de graffitis du Lucky Dragon.
Et puis un soir quelqu'un etait arrive avec un tag intelligent, une espece de decalcomanie qu'ils avaient reussi a coller sur le mur, sans que Rydell ni Durius n'aient ete capables de s'imaginer comment ils avaient pu agir sans se faire voir. Peut-etre, disait Durius, l'avaient-ils projete de loin, allez savoir. C'etait le tag d'un gang appele les Chupacabras, un machin impressionnant herisse de pointes, tout en noir et rouge, insectoi'de et menagant et, pensa Rydell, plutot beau et irra-diant d'energie. II 1'avait deja vu porte en tatouage, dans le magasin. Les gosses qui l'arboraient aimaient aussi ces verres de contact qui vous faisaient des pupilles de serpent. Or, quand le «materiau intelligent» se pointa, le tag s'etait deplace.
Pas de doute, il les avait sentis venir, les voraces, et il ne les avait pas attendus. On ne pouvait pas le voir bouger, mais force etait de constater qu'il n'etait plus a la meme place. La premiere nuit, Durius et Rydell 1'observerent progresser jus-qu'a l'arriere du magasin. II commengait a revenir sur le devant a l'heure oti ils terminaient leur nuit.
La nuit suivante, il etait toujours la, en compagnie de quelques tags standard. Quant aux mangeurs de graffitis, concentres sur la decalco intelligente, ils ne s'occupaient pas du reste. Durius le montra a M. Park, qui n'apprecia pas du tout qu'on ne l'ait pas averti plus tot, et Rydell s'empressa de lui montrer le livre de bord sur lequel ils avaient mentionne le fait, avant de quitter leur service, ce qui ne fit qu'agacer encore plus le gerant.
Une heure plus tard, deux hommes en blanches combi-naisons de chez tyvek debarquaient d'un van tout aussi immacule et se mettaient au travail. Rydell aurait bien aime les voir s'attaquer au tag intelligent, mais il y avait du monde cette nuit-la a la boutique et il ne put assister au nettoyage. II apprit qu'ils n'avaient utilise ni ponceuse ni solvant, mais un portable et deux ou trois sondes adhesives. II en conclut qu'ils durent reprogrammer le tag et deregler son code car, apres leur depart, les bouffeurs de graffitis etaient de retour, sucant ce qui restait de 1'iconographie des Chupacabras.
Le Lucky Dragon pres du pont etait lisse et blanc comme une assiette de porcelaine, remarqua Rydell en s'appro-chant. II avait Fair d'un morceau de reve etranger, depose la par le hasard des vents. II se degageait de 1'entree du pont une atmosphere dramatique contrastant avec ce module imbecile, et Rydell se demanda combien de reunions ils avaient tenues a Singapour avant d'implanter cette unite dans un tel environnement. Lucky Dragon pouvait s'enor-gueillir de quelques emplacements prestigieux, et Rydell savait, pour avoir regarde la colonne video interactive de L.A., qu'il y en avait un sur la place Rouge, un autre sur les Champs-Elysees et encore un a Piccadilly, mais celui qu'il avait devant les yeux relevait de l'audace ou d'un plan etran-gement delibere.
15 octobre 2008
Une rapide conclusion sur d'autres horizons
Finalement on pourrait avoir un excellent schéma des usines à fabriquer des
mondes possibles... les arts musicaux, les plasticiens fonctionnant sur des
combinatoires inductives, les écrivains réfléchissant au langage et la philosophie offrant le cadre déductif.
Ainsi l'explosion des genres de la fin du XXe siècle permet de se mouvoir de l'un à l'autre,
la métaphysique sous jacente à la beauté et la vérité devient secondaire face à l'extension des
horizons intérieurs, on grille la post modernité, car il y a toujours
quelquechose à explorer, le monde nouménal est infini.
(Je citerais volontiers Nelson Goodman, "comment faire des mondes")
Question sous-jacente :
En quoi le monde nouménal est il distinct du solipsisme ?
Une époque qui cherche encore son nom
Le Post Modernisme s’est fondé sur l’effondrement des valeurs utopiques du
Modernisme, Les bases idéologiques d’une croissance économique illimitée, d’une
contagion de la paix et de la prospérité assurée par les pays développées
furent très rapidement ruinées par les réalités géostratégiques de la guerre
froide et de la dépendance au pétrole. Mais aussi l’échec du Flower Power lors
du concert d’Altamont et le crime de masse de Charles Manson signaient la fin
d’une époque se construisant sur les promesses d’un monde meilleur. C'est au cours
années 1970 que ce sont élaborées les conditions d’un monde post moderne, cultivant
la multiplicité des influences culturelles, découvrant d’autres cultures,
pratiquant l’hétérogénéité stylistique, l’excès et la posture, les utopies
positives et scientistes apparaissaient usées par la violence des crises
politiques et économiques, (La première crise pétrolière, l’impasse violente de
l’extrême gauche européenne, la faiblesse des partis progressistes en Europe) La radicalité esthétique devenait obsolète laissant place à la multiplicité des
genres (Transavangardes et Figurations Libres) de même que l’apparition des instruments numériques de communication
massive et la prise de pouvoir des « communicants » en politique
changeaient la dynamique. Le triomphe des idéologies libérales et de la communication
installent une idéologie pragmatique et opportuniste dont les fondements sont le capital, les marchés
boursiers et "le story telling".
Après trente années de ce régime et le fracassant échec de
la crise de Mois d’Octobre 2008, que pouvons nous penser des incidences de ces évènements sur les
idées et l’esthétique ?
Cette crise économique emportera t-elle le Post-Modernisme pour laisser
apparaître une nouvelle vision de la culture ? dans un monde morcelé les vieilles structures ne suffisent pas à assurer une gestion correcte. Des dynamiques plus souples sont à l'oeuvre comme la coordination des états européens assurant la garantie bancaire.
Les mouvements alter-mondialistes sont des pionniers, depuis plusieurs décennies ils ont prévenus des risques des idéologies politiques post-modernes. la
réalité géopolitique culturelle indique des axes avec la montée des cultures
internationales produites par les pays émergents.
Les universaux occidentaux en terme de culture sont bousculés par l’apparition
de mouvements issus des pays émergents.
On ne peut plus envisager la culture sous une forme occidentale comme nous
l’avons fait durant les deux périodes précédentes.
L’universalité prend un nouvel aspect, dans des termes et des conditions qui
s’écrivent actuellement.
Est-ce la fin du Post Modernisme pour une époque qui cherche encore son
nom ?
13 octobre 2008
constats et suppositions
Finalement on pourrait avoir un excellent schéma des usines à fabriquer des
mondes possibles... les arts musicaux, plasticiens fonctionnant sur des
combinatoires inductives (Nelson Goodman, "comment faire des mondes") et la
philosophie qui offre le cadre déductif. Ainsi l'explosion des genres de la fin
du XXe siècle permet de se mouvoir de l'un à l'autre, la métaphysique sous
jacente à la beauté et la vérité devient secondaire face à l'extension des
horizons intérieurs, on grille la post modernité, car il y a toujours
quelquechose à explorer. le monde nouménal est infini. C'est ainsi que je
comprends l'oeuvre de Fredric Jameson, analysant la post-modernité
et la littérature d'anticipation pour conclure à la multiplicité des mondes
possibles en regard à la nostalgie de l'utopie et à l'abandon post-moderne.
La crise boursière me parait être l'un de symptômes de ce changement d'époque.
09 octobre 2008
Interview sur mon travail par Gabriel Soucheyre
http://blip.tv/file/1302764#34392
08 octobre 2008
DE LA MÉTROPOLE COMME EXPÉRIENCE FONDATRICE AU STATUT DES FORMES DANS UNE PROBLÉMATIQUE DU CHANGEMENT SOCIAL par Jean REMY
Voici le texte de préface de l'ouvrage collectif de Georg Simmel, c'est une introduction qui permet de distinguer les principaux axes de recherche de Georg Simmel, On peut comprendre les aspects précurseurs de son oeuvre. Sensible à l'évolution urbaine il en dresse une théorique sociologique et urbanistique, elle aboutit à un discours esthétique. Ce texte permet de cerner l'aspect philosophique donnant accès plus avant uax formes spéculatives de la science fiction et aux dénonciations contemporaines de la coercition urbaine chez Mike Davis. ce texte est suivi d'un court commentaire sur l'esthétique de la ville " La ville comme oeuvre d'art"
DE LA MÉTROPOLE COMME EXPÉRIENCE FONDATRICE AU STATUT DES FORMES DANS UNE PROBLÉMATIQUE DUCHANGEMENT SOCIAL par Jean REMY
Simmel participe aux thèmes centraux d'une sociologie allemande qui accompagne de très près les changements de la société. Particulièrement entre 1890 et 1920, se crée en Allemagne une conscience sociale de l'urbanisation, comme le remarque Roncayolo (1992 - p.9). Ferdinand Tonnies, Marx Weber et Georg Simmel reprennent chacun à leur manière le thème de la décomposition de communauté villageoise ou de la petite ville et étudient le rapport entre urbanisation, bureaucratie, industrialisation. La sensibilité allemande s'explique en outre par l'ampleur du développement industriel et urbain à la fin du 19ème siècle. Une ville comme Berlin est passée de 826.000 habitants en 1870 à 1.677.000 habitants en 1894. Cette croissance se fait concomitamment à un fort développement industriel, avec des entreprises comme Siemens, AEG, ... De telles situations expliquent aussi la réaction de Marx qui voit dans la concentration urbaine un facteur favorable à l'émergence de la conscience de classe et de l'esprit révolutionnaire. Cette époque est importante pour la mémoire de la pensée urbaine. La réaction allemande est d'autant plus intéressante qu'elle diffère de la sensibilité qui s'est exprimée dans d'autres contextes nationaux comme le remarque à nouveau Roncayolo (1992 - p.9). Aux U.S.A, l'interrogation se porte sur l'intérêt de substituer la ville à la notion de "frontière" pour comprendre l'histoire américaine. La Grande-Bretagne quant à elle, réfléchit sur les nouveaux modes d'établissement humain que sont la ville charbonnière et la région industrielle.
Face à ces différents pays où le thème de la ville est directement évoqué, la France laisse apparaître des préoccupations différentes. Durkheim s'intéresse plus aux institutions sociales qu'à la ville proprement dite, alors que ces analyses sont sous-tendues par toute une problématique de l'espace. C'est ainsi qu'il élabore la notion de milieu. Il fait même de la variation du milieu un facteur décisif pour comprendre pourquoi la solidarité mécanique est devenue caduque et doit être remplacée par la solidarité organique. De ce fait, il s'intéresse à la matérialité spatiale, à la densité sociale, tout en prenant distance par rapport au déterminisme par le milieu physique. Il évoque par ailleurs les rythmes spatio-temporels de concentration et de dispersion, qu'il met en relation avec des phénomènes d'effervescence sociale (J. Remy 1991). La position des géographes français est encore plus étonnante puisqu'ils s'intéressent à la définition des "pays" et du paysage rural. Seule la statistique sociale aborde quelque peu le problème. Cette sensibilité française est elle l'expression d'une conjoncture particulière : la lenteur relative de l'urbanisation, le poids de la paysannerie dans des campagnes de plus en plus maîtrisées par les agriculteurs, la sacralisation d'un équilibre ville-campagne au moment où le peuplement rural reste encore majoritaire. Cette conjoncture intellectuelle et socio-économique française éclaire par contrastes l'importance que revêt l'analyse de la grande ville en Allemagne et particulièrement chez Simmel. Celui-ci a été le premier à faire de la grande ville le lieu par excellence dans lequel s'exprime la logique sociale orientant son époque. Il n'est pas étonnant qu'il ait été un des inspirateurs des analyses de l'école de Chicago. Comme le dit R.A. Nisbet (1984-381), la métropole joue dans sa pensée le même rôle que la démocratie chez Tocqueville, la capitalisme chez Marx, la bureaucratie chez Weber. Cet ouvrage procédera en plusieurs étapes. Quatre textes analyseront tout d'abord la métropole comme forme générale de la modernité. La deuxième partie approfondira la perspective simmelienne sur la modernité à partir du lien qu'il établit entre celle-ci, l'individualité et la marginalité. Une partie conclusion portera sur le statut de la forme. La morphogènese comme mode un d'auto-organisation du social permettra de dégager le point de vue spécifique adopté par Simmel pour élaborer sa sociologie.
La première partie aborde la métropole comme forme générale de la modernité. Tout d'abord, vient le texte de S. Jonas sur la métropole européenne dans la sociologie des pères fondateurs allemands. Alors que Sombart et Weber arrêtent leur analyse de la ville au XVIIIème siècle, l'un pour analyser la ville de consommation et de luxe, l'autre pour faire ressortir la lien entre la ville et la dynamique productive. G. Simmel est le premier à faire de la grande ville, telle Berlin ou Vienne, le lieu d'une expérience fondatrice. Le changement d'échelle quantitative et spatiale est associée à une métamorphose sociale. Il s'agit là d'une véritable invention scientifique, conceptuelle et critique, comme le dit et le montre S. Jonas. Tout d'abord, la ville est associée à la civilisation dans la mesure où elle participe à une mise en forme générale de la modernité. Dans ce lexique civilisation s'oppose à culture. La civilisation est un état de fait. Dans la ligne d'une philosophie de l'Esprit, elle est un mode d'appropriation autant personnelle que collective des potentialités de la nature, dans le cadre de la civilisation moderne, Simmel va parler de la crise de la culture, la complexité accroissant le tragique de la situation.
Cette distinction n'équivaut pas à associer l'état de civilisation contemporaine à une dégradation. C'est ce que ferait Tonnies qui associe l'évolution actuelle à une double aliénation en terme d'isolement cl de déracinement, ou Spengler associant le déclin à la métropole, qui, sans en être la cause, en est l'agent principal. Loin d'être pessimiste, Simmel fail ressortir autant les potentialités nouvelles que les risques. L'ambiguïté est structurelle. D'une part, la libération de la subjectivité hautement personnelle préserve contre les risques d'une collectivisation liés aux formes nouvelles d'organisation. Mais d'autre part, cela implique des liens ù caractère personnel et abstrait amenant à une massification.
A. Ducret présente sa traduction du texte de Simmel "Rome : une analyse esthétique", ce qui l'amène à quelques commentaires sur la ville oeuvre d'art. Ce texte fait ressortir par contraste la métamorphose qu'implique la métropole moderne par rapport à la ville "historique" antérieure. Comme le dit A. Ducret, aucun des traits qu'il associe cinq ans plus tard à l'univers de la métropole n'est associé à l'image de Rome. Même si nous trouvons cette affirmation trop abrupte, la rupture n'est pas moins significative. D'ailleurs, G. Simmel lui-même oppose dans son texte la ville antérieure aux quartiers récents dont il ne s'occupe pas.
S'il écrit le texte sur Rome en 1898, soit 5 ans avant la métropole et la vie de l'esprit, il reprend le thème par après en écrivant en 1906, son texte sur Florence et en 1907 son texte sur Venise. Dans ces textes, il est hanté par la ville comme forme esthétique, à caractère englobant et capable de marquer 1'"esprit" du lieu.
La ville comme forme esthétique est une modalité de structuration du social, dans la mesure où elle est une cristallisation collective qui recompose au fil du temps les acquis antérieurs. Par là, elle assure donc l'unité dans la diversité et dérive donc des exigences de la ville. Ainsi les actions réciproques qui s'y déroulent sont-elles constitutives de la ville comme forme esthétique. Elle est une oeuvre collective mue par une dynamique commune d'auto-organisation.
Qu'en reste-t-il lorsque la modernité impose une expérience vécue fragmentaire ? La métropole engendre une forme de sociabilité comme le fait bien ressortir S. Jonas. Mais engendre-t-elle encore une forme esthétique. Comment expliquer cet attrait de G. Simmel pour la ville historique ? Certes, il évoque la fascination qu'exerce l'individualité latine sur l'individualité germanique. Mais cela ne suffit pas. Faut-il dégager la force critique de la nostalgie, comme dirait W. Benjamin ? Mais il faut aller au-delà et reprendre le propos de G. Simmel sur la manière dont les formes antérieures se conservent. On s'interroge alors sur le rôle que peut jouer aujourd'hui la ville historique pour tout qui consent à la "visiter" ? Cette attirance ramène d'une autre manière à l'ambiguïté de la situation actuelle.
déploie entre individualité et sociabilité. Le développement de
la différence personnelle se combine, avec
l'affirmation de l'indifférence où chacun est traité selon des caractéristiques
abstraites. De ce fait, les individus s'engagent dans un jeu de distance/proximité avec des groupes de formes et de
tailles variables. Ces groupes ne
se construisent plus simplement d'après la proximité
spatiale car une accessibilité à des mondes différents devient possible où le proche s'entremêle
au lointain. On sort d'un modèle concentrique pour entrer dans un entrecroisement de
cercles sociaux ayant des formes et des organisations différentes dans
lesquelles la personne individuelle combine elle aussi des implications croisées.
Cette possibilité élargie de socialiser à des personnalités diversifiées rejoint, selon
P. Wattier, la construction réflexive de soi, proposée par Giddens. Depuis que
la femme n'est plus limitée au foyer et à une affiliation unique, elle devient un lieu d'intersection qui
modifie y compris le sens des associations entre femmes. Les relations plus
"sensuelles" liées à la proximité et à une expérience englobante évoluent
vers des relations plus abstraites qui supposent un jeu plus complexe de
distance et de proximité vis-à-vis des partenaires de l'échange et donc
une imbrication plus compliquée entre ce qui est proche et ce qui est lointain.
Le lointain peut être plus significatif que le proche. Il en résulte une nouvelle
construction de la solidarité.
Tout cela est lié à la modification de la taille des groupes. Ainsi l'entremêlent le quantitatif et le qualificatif. L'agrandissement des groupes qui suppose des relations inédites entre le proche et le lointain n'est possible qu'à travers de nouveaux moyens assurant l'interaction. L'argent en est le prototype. Ainsi des intérêts peuvent se lier malgré la distance spatiale. L'argent permet la séparation spatiale entre le sujet et ce qu'il possède, comme c'est le cas par exemple pour l'actionnaire vis-à-vis de la gestion de sa société. A travers cette différenciation, une distance plus grande s'instaure entre les systèmes psychiques et sociaux. Le moi devient un point focal du vécu. Le codage de l'identité individuelle s'éprouve comme de plus en plus central.
La métropole joue un rôle décisif dans la mesure où elle est un lieu particulier de convergence. Une forme de sociabilité s'invente. Ensuite, elle s'impose si elle s'autonomise par rapport à son lieu de genèse. On peut parler d'une métropolisation de la société, comme le fait S. Jonas. Cette métropolisation repose la question de la tension, voire de l'attrait réciproque entre la petite et la grande ville. D'où l'importance que Simmel attribue à la notion de frontières sociales.
Si Durkheim associe division sociale à un risque accru d'anomie, si d'autres sont mus par la nostalgie d'une indifférenciation originaire, Simmel ne voit pas dans la modernité un processus unilinéairc. Elle présente des tendances opposées, mais elle est sous-tenduc par un accroissement des capacités cognitives.
Cette modernité qui élargit l'échange, le fragilise aussi. D'où l'importance qu'y revêtent les formes de marginalité. Ici viennent prendre place les essais sur le pauvre et sur l'étranger. Le marginal est maintenu à une certaine distance par rapport au régime d'échange dominant. D'où il est menacé par une non réciprocité où il risque d'être transformé en objet. Cette analyse fait bien ressortir le statut de l'action réciproque dans la problématique simmelienne. Par ailleurs, ces marginaux sont dans une réciprocité potentielle qui sans eux n'aurait pas le même visage. Il sont intégrés comme un élément de l'ensemble. Ces réciprocités potentielles prennent un sens particulier vu les problèmes liés à la complexité du régime d'échange. L'étranger étant souvent associé à l'analyse de la métropole, nous présentons d'abord le statut du pauvre.
Simmel s'efforce de construire le pauvre comme catégorie sociale. Il s'agit d'un concept relatif. Subjectivement quelqu'un se sent appauvri lorsqu'il n'est plus capable de répondre à l'ensemble des demandes qu'il a intégrées et qu'il a fait sienne. Il y a donc une expérience par le sujet d'un manque disproportionné dont il ne maîtrise pas la manière de le combler, il se repère aussi aux réactions à son égard. Il est assigné dans cette posture par les tentatives du reste de la société de corriger sa position initiale. Il y a donc là une relation paradoxale et ambiguë. Le pauvre peut réclamer l'aide en se référant à une référence éthique pure, c'est-à-dire dégagée des autres dimensions qui s'entremêlent toujours aux échanges sociaux. Cet appel éthique suppose l'évocation d'une communauté de destin, qui se joue ici dans la cadre d'une distance forte alors qu'ailleurs elle découle d'une intense proximité. Mais l'injonction éthique est ambiguë car elle peut instrumentaliser l'autre et l'induire à une passivité qui ne l'amène pas à renforcer la réciprocité. Ceci vaut d'autant plus que les pauvres ne sont pas réunis par une caractéristique spécifique renforçant une solidarité active et interne.
Dans l'aire de la modernité, cette relation entre l'échange et le don passe moins par l'aide de la proche communauté que par une intervention de l'Etat qui se doit de réguler dans la perspective d'actualiser les potentialités de réciprocité. La prise en charge par des particuliers risque de ne pouvoir remplir cette fonction aussi bien, mais rien n'est jamais unilatéral.
Tous les citoyens d'un Etat ne se trouvent pas à même distance vis-à-vis du centre, même si le pouvoir central se constitue formellement à équidistance de tous les citoyens. Les cas de marginalité en sont une illustration. Ainsi l'étranger se rapproche du pauvre, car il est maintenu comme lui à la fois à l'intérieur et à l'extérieur des actions réciproques dominantes. Simmel sépare les deux situations, même si dans certains cas, les deux marginalités peuvent se redoubler, l'étranger étant aussi un pauvre. Dans l'analyse, il distingue la forme de sociabilité associée à l'étranger de celle qui caractérise le rapport entre le pauvre et le reste de la société.
LA VILLE COMME OEUVRE D'ART par André DUCRET
àP.S.
Lorsqu'en mai 1898 paraît son essai sur Rome, Georg Simmel enseigne depuis quelques années la sociologie comme privatdocent à l'Université de Berlin. En France vient d'être publiée dans la première livraison de "L'Année sociologique" l'étude fondamentale où, s'interrogeant sur la façon dont les formes sociales se conservent, il insiste aussi bien sur la prééminence du tout social par rapport à la somme de ses parties que sur la nécessité de comprendre l'émergence de ce tout en revenant à l'action réciproque des individusx .
La continuité qu'il invoque alors entre les divers niveaux de la réalité sociale dont seules les insuffisances de la sociologie empêcheraient encore de rendre compte, on la retrouve en tant que leitmotiv de ce qui se présente, quasi contemporainement, comme une analyse esthétique. De même que la cohésion sociale, sans cesse menacée d'entropie, s'effondrerait si elle reposait sur la seule rigidité des institutions, et non sur le jeu des actions et réactions qui, fût-ce au travers du conflit, réunissent les individus; ainsi la beauté se fonde-t-elle non sur l'assemblage, mais sur l'action réciproque d'éléments qu'elle lie, exhausse et dépasse à la fois.
Face à ces deux ordres de préoccupations que sont, d'une part, la possibilité même du social et, d'autre part, la définition du beau, Simmel adopte et développe un point de vue identique pour ce qui est sinon des contenus, du moins des formes de l'argumentation, - et ce alors même qu'il est en train d'élaborer les principes de sa sociologie, d'où l'intérêt de cet essai sur Rome. Mais, en pleine conformité avec des règles de méthode par lui énoncées, ce n'est qu'une fois confrontés ses différents textes que l'unité de sa pensée apparaît véritablement. Jeter un pont vers sa philosophie de la culture, c'est alors ouvrir la porte de sa sociologie et se donner les moyens d'en saisir enfin la portée contemporaine.
La beauté de Rome viendrait ainsi de ce qu'elle conjoint en un tout harmonieux des fragments de ville qui, nés de besoins distincts, reliquats d'époques diverses, n'en constituent pas moins un paysage à nul autre pareil. Les bâtiments qui la composent remplissent plusieurs fonctions et, tantôt neufs tantôt en ruines, situés à différents niveaux, ils s'opposent sous bien des aspects. Pourtant, de ces contrastes, voire de ces dissonances, se dégage une impression d'unité qui, déjà, inspirait à Goethe cette réflexion: "Ainsi qu'on trouve la mer toujours plus profonde au fur et à mesure qu'on s'y avance, il en va ainsi pour moi quand je considère cette ville"1. Car ce qui fait 1' "aura" de Rome, c'est non seulement que son paysage représente plus et autre chose que l'addition de ses monuments et autres attractions touristiques, mais surtout qu'à son contact, l'homme s'élève au-dessus de sa condition ordinaire, qu'il prend conscience de lui-même et de sa vraie place dans le monde. Il ne s'agit plus pour lui de s'arrêter sur tel ou tel détail dès lors que la ville elle-même suscite une activité de l'âme dont l'expérience que relate Guette dans son journal demeure le témoignage encore inégalé.
Goethe dessine l'horizon d'attente sur lequel Simmel recevra la révélation que promet Rome à qui sait la voir. Davantage, le voilà qui devient à son tour la preuve de ce que toute oeuvre d'art ne saurait être appréhendée que dans sa totalité. Une phrase de l'écrivain, une parcelle de la ville, ne prennent sens qu'une fois reliées au tout dont elles procèdent; inversement, à la façon d'une citation dont nous ignorerions la source, ce bâtiment qu'ici nous admirons perdrait une bonne part de sa valeur à nos yeux une fois considéré hors d'un tel environnement.
Poussée jusqu'au bout, l'analogie équivaut à une démonstration qui, sans sacrifier à l'impressionnisme ni au subjectivisme que stigmatisera plus tard Cïcorg Lukacs, paraît plutôt annoncer la phénoménologie. Si le regard que porte l'artiste sur la ville lui donne forme, que serait son oeuvre si cette ville n'était toujours déjà là? Il en va de même, du reste, pour tout un chacun, comme le précise ailleurs Simmel: "Ce que fait l'artiste - soustraire au flux chaotique et infini du monde, tel qu'il est immédiatement donné, un morceau délimité, le saisir et le former comme unité qui désormais trouve en soi son propre sens et couper les fils la reliant à l'univers pour mieux les nouer à soi - ce que donc fait l'artiste, c'est précisément ce que nous faisons aussi, dans de moindres dimensions, sans autant de principes, et sur un mode fragmentaire peu sûr de ses frontières, aussitôt que nous avons la vision d'un "paysage", au lieu d'une prairie et d'une maison et d'un ruisseau et d'un cortège de nuages"l. Le paysage est offert à qui saura l'accueillir et s'en imprégner sans être trop pressé de le modifier, d'y intervenir, mais plutôt de l'accomplir, - ce en quoi l'expérience commune ne contredit pas celle du peintre ou du poète. Toutefois, n'importe quel lieu ne devient pas, sans autre, paysage car, ajoute-t-il: "La conscience doit avoir, au delà des éléments, un nouvel ensemble, une nouvelle unité, non liés aux significations particulières des premiers ni composés de leur somme mécaniquement, pour que commence le paysage"2.
Aussi le "retour aux choses mêmes" que réclamera bientôt Edmund Husserl se trouve-t-il en germe dans ce portrait d'une Rome où ce qui nous échappe n'est pas de l'ordre de l'obscur, de l'inatteignable, mais bien du visible, du sensible, de l'immédiat. La vraie difficulté est, pour Simmel, de rendre compte de ce qu'il a sous les yeux. On relèvera du reste qu'il ne fait aucune concession à la méthode historique et aux découpages qu'elle implique. A la différence de l'historien, il se détourne de l'établissement des faits, voire de la recherche des lois qui gouvernent le développement urbain pour se placer non pas au delà, mais en deçà de la connaissance scientifique. Qui plus est, il ignore délibérément les éventrements, démolitions et autres embellissements auxquels, à la même époque, donne lieu la mise en place de services urbains (gaz, électricité, etc.) et d'infrastructures de transport (tram, train, etc.) dans le cadre de plans régulateurs dont la nécessité s'était imposée, à Rome, dès 18733. Des transformations en cours sous ses yeux, il retient qu'elles s'incorporeront peu à peu au paysage de la ville et qu'avec le temps, tout nouvel élément finira par se fondre dans un ensemble qui ne connaît ni ruptures ni ravages irrémédiables. D'ailleurs, aucun des traits qu'il attribuera quelque cinq ans plus tard à l'univers de la "Grosstadt" n'est associé à l'image de Rome que caractérise, à l'inverse, la continuité historique, l'écoulement serein du temps.
Le texte de Simmel paraît à Vienne, dans le périodique "Die Zeit" où, depuis 1895 il publie régulièrement articles et recensions, et où paraîtront par la suite certains de ses essais les plus significatifs. Tout indique du reste que les rapports entre l'oeuvre du philosophe berlinois et la culture viennoise "fin de siècle" mériteraient à eux seuls une étude systématique1. Pour ne s'en tenir qu'à un seul point, on rappellera la passion que nourrit Sigmund Freud pour Rome au même moment car, là encore, la Ville Etemelle joue, ô combien, le rôle de révélateur. Dans "L'Interprétation des rêves", Freud explique comment, sans qu'il l'ait jamais réellement visitée, celle-ci l'a néanmoins aidé à voir clair en lui-même. Plus tard, une fois son auto-analyse achevée, il fera l'expérience bouleversante de lieux dont il avait uniquement rêvé jusqu'ici2. Ce chemin de l'âme vers elle-même, cette "seconde naissance" dont la beauté de Rome est la cause, ne dérive d'aucune intention consciente, délibérée. La ville elle-même, dont les formes résultent des exigences de la vie, n'a ni le léché du projet ni la perfection de l'utopie, et pourtant elle s'avère oeuvre d'art. Malgré ses imperfections, ses lacunes, ses dysfonctionnements, elle produit une impression d'harmonie, de cohérence et d'achèvement qui, au travers d'une mystérieuse alchimie, engendre un sentiment d'équilibre personnel.
Comment ne pas évoquer à cet égard les portraits de villes que dressera plus tard Walter Benjamin? Certes, les enjeux de sa démarche sont différents, ses récits, soucieux plus du détail que de la totalité, son style, sans commune mesure avec celui de Simmel. Mais l'expérience du dépaysement, la rencontre de l'étranger, se voient également dotées par lui de la faculté d'ouvrir à chacun le passage vers sa propre patrie intérieure3. Si l'on songe à l'expérience vécue, fragmentaire, atomisée qu'impose l'avènement de la modernité, vivre l'expérience que décrit Simmel peut sembler une gageure. Cela ne signifie pas, pour Benjamin, qu'il faille nécessairement sombrer dans la mélancolie; au contraire, il s'agit de dégager de la nostalgie sa force critique, son autorité vis-à-vis du présent. De cette dialectique, l'actualité même des grandes villes où, pour la plupart désormais, nous vivons, est aujourd'hui encore pénétrée, et sans doute n'avons-nous pas fini d'en méditer les implications.
D'autres lecteurs de Simmel viendront qui, comme il l'avait prédit, puiseront dans son héritage. Rome elle-même, depuis, a changé, et il n'est pas certain qu'elle inspire encore pareil texte. Toutefois, la ville ne cesse de fasciner celui qui, sans pour autant cultiver l'esthétisme, consent a l'approcher pas à pas, littéralement: à la visiter. Ainsi, hommage cl autobiographie à la fois, l'un des plus grands films de Federico Fellini se résume-t-il, aujourd'hui encore, à ce cri: Roma!
*Cf. Georg Simmel, "Comment les formes sociales se
maintiennent", Sociologie et épistémologie, Paris: PUF, 1981, 171-206. On relèvera que la façon dont,
dans cette étude qui
paraît en 1896/97, l'auteur définit la tâche scientifique de la sociologie,
n'est pas désavouée aussitôt par Emile
Durkheim, dont les critiques viendront quelques années plus tard seulement.
1 Goethe, Voyage en Italie, Paris: Librairie Ancienne Honoré Champion,
1931, 167 (en date du 25 janvier 1787)
iGeorg Simmel, "Philosophie du paysage" (1913), La tragédie
de la culture, Paris:
Rivages, 1988,233. La parution de cette
anthologie aura permis d'avoir accès en traduction
française à certains des
textes les plus significatifs de Simmel et de mieux percevoir ce qui fait l'unité de sa pensée sur laquelle n'ont cessé d'insister avec
raison des auteurs comme Julien lïcuiul ou
David Frisby. En revanche, les critères ayant présidé à cette sélection
demeurent obscurs malgré l'artifice
discutable consistant à publier, comme s'il s'agissait d'une introduction qu'on lui aurait commandée de son vivant, un long
texte de Vladimir Jankélévitch datant de 1925 et devenu depuis quasiment introuvable.
2Idem,op.cit.,229
3Pour ce qui est de l'histoire urbaine de Rome, on consultera l'ouvrage d'Italo Insolent, Roma, immagini e realtà dal X al XX secolo, Roma: Laterza, 1980
sur ce point, les indications de
Stéphane Jonas dans sa conférence sur "L'esthétique des villes chez Georg
Simmel", Paris, Goethe-Institut, Novembre 1986, en particulier la confrontation qu'il suggère avec les thèses d'Aloïs Riegl.
2Ce thème fait l'objet d'un bel article de Cari E.Schorske sous le titre. "Freud: la psychoarchéologie des villes", URBI, V, Avril 1982, liège, 15-22.
3Cf. Peter Szondi, "Les portraits de villes de Benjamin", Poésies et poétiques de la modernité, Lille. Presses universitaires de Lille, 1982, 49-60. Sur d'éventuels points de comparaison entre Simmel et Benjamin, on lira également l'essai de Massimo Cacciari: "Dialettica del negativo e metropoli", Metropolis, Roma: Officina Ed., 1973,9-97.
07 octobre 2008
science fiction et architecture
07 octobre 2008
science fiction et architecture
Un étudiant m'a adressé ce mail,
je recherche de la documentations (articles,dessins),des références de
livres et de nouvelles.je m'intéresse surtout a l'évolution de la ville
, de la société,...
A vrai dire,j'ai débuté mes lectures lorsque j'étais jeune par tous les
Jules Verne que je pouvais trouver étant donné que je n'avais pas un
penchant pour la lecture très ouvert.
J'ai attaqué une série de nouvelles appelés "the lost world",puis la
série fondation de Isaac Azimov et la j'en suis a Fahrenheit 451 de Ray
Bradbury.
Au niveau film j'ai vu tous ce que je pouvais trouver excepté des
court-métrages(cyberpunk/steam punk), je m'interesse beaucoup aux auteur
asiatiques!
j'ai à peu près survolé les références que j'avais en
anticipation et sciences fiction, je suis ouvert a tous les conseils
de manière a préparer le mieux possible mon mémoire et a fortiori mon
diplôme.
j'ai du mal à trouver des philosophes qui travail a ce qui touche a
l'urbanité, la ville dans l'anticipation, je sais même pas si cela
existe.
__________________________________________________________________________________________
Il existe actuellement une péréquation entre le post modernisme finissant entre les conditions urbanistiques globales (le bidonville planétaire de Mike Davis), l'apparition d'une sphère nouménale (l'habitat c'est aussi le provider) et la théorie du réalisme modal de David Kellog Lewis. Tous ces faits et ces idées constituent un nouveau cadre culturel dans lequel on voit une nette convergence temporelle entre les spéculations sociologiques et techniques avec les faits eux-mêmes. On assiste par conséquent à un épuisement du post-modernisme dans la complexité. L'intuition cyber_punk en est un symptôme, les héros habitent dans plusieurs réalités interconnectées, la matière est équivalente à l'énergie à travers la conversion en information. les habitats apparaissent et disparaissent à la mesure de la façon dont serge Brussolo " Dans vue en coupe d'une ville malade" imagine la mutation d'un habitat procédural, c'est à dire programmé, François Roche, créateur de l'agence R&Sie ne fera que de donner une réalité aux visions de l'auteur d'anticipations en constituant des projets d'habitation pouvant muter en fonction du contexte climatique et informationnel. Les murs ne sont plus stable !
Les conséquences philosophiques et esthétiques sont immenses.
Première partie / les cadres de l'Utopie
la ville et l'urbanisme sont devenus la préoccupation des philosophes à la fin du XIXe siècle, le premier à introduire la notion d'esthétique se nomme Georg Simmel, allemand créateur de l'Ecole de Chicago qui est la première école de sociologie, il s'intéresse à la ville comme à une entité, il développe ses idées autour de la complexité urbaine et trace les premiers indices spécifiques d'une esthétique de la mégalopole.
Alors que les romantiques du XIXe siècle décriront la ville comme le lieu d'un drame, Baudelaire "le spleen de Paris, Balzac," la comédie humaine" les apports utopiques des mouvements humanismes Fourriéristes et Saint Simonien apporteront une valeur utopique à l'urbanisme, Louis Etienne Boullée et Nicolas Ledoux au début du XIXe siècle donnera une forme architecturale à ces visions. La forme utopique prendra son essor au début du XXe siècle sous une forme imaginaire avec les illustrations d'Albert Robida qui prolongent les rêves de Jules Vernes, les projets sociaux de l'architecte et urbaniste Ebenezer Howard, l'architecture futuriste d'Antonio Sant'elia.
Georg Simmel a compris en son temps la modification anthropologique provoquée par l'apparition de la mégalopole. L'humanité traditionnellement adaptée à des structures rurales ou des communautés semi-rurales est soudainement confrontée à une forme de société qui bouscule les rapports humains. Depuis maintenant deux siècles nous connaissons des groupements urbains dont la densité démographique est suppérieure à un millions d'habitants. Les cinquantes dernières années ont vu apparaitre en plus une nouvelle couche de complexité avec les instruments cybernétiques de gestion et de communication. On peut s'interroger sur l'adaptation des humains à ces nouvelles conditions. Ainsi le travail de Gerog Simmel est prolongé par Mike Davis et Paul Virilio "Logistique de la perception", Les auteurs de science fiction en particulier JG Ballard sauront créer la poésie et la critique dramatique de cette modification en exemplifiant les contradictions internes de ce développement "IGH" Highrise qui décrit la confrontation entre une humanité régressive et un projet urbanistique utopique.
2 La science fiction s'empare de la ville
la ville devient le lieu de rêveries futuristes. Les décors de
Métropolis sont symptomatique de l'extension des représentations
urbaines. le cinéma et la peinture fournissent les imageries de la
ville du futur. En 1936, Les Mondes futurs, aussi connu sous le titre français La Vie future (Things to Come),
film britannique réalisé par William Cameron Menzies apporte une
vision encore inégalée. Dans ce film s'articulent un Londres ancien
détruit par la guerre et une cité radieuse du Futur soumise à un coup
d'état menaçant son harmonieuse régulation. Le paradis hégélien d'un
univers réglé rationnellement est mis en danger par les forces
egotiques et primitives. Cette époque moderne lance les utopies qui
seront à l'oeuvre dans les projets sociaux et économiques de la
reconstruction, les deux drames mondiaux fondent une utopie moderniste à l'oeuvre l'ONU, celle d'une gestion mondiale démocratique, la décolonisation trace l'esquisse de projet urbanistique des pays en voie de développement, l'Inde avec le projet de Le Corbusier à Chandigarh et le Brésil avec la création de la capitale administrative d'un Brésil social démocrate (de courte durée) Brasilia ainsi l'utopie urbanistique est
liée intimemement à la question de la modernité. Dans les années soixante, la reconstruction à l'oeuvre atteint son point ultime, les désordres post-modernes commencent à paraître, des projets comme Sarcelles (40 000 logements) commencent à être pointés du doigt comme les lieux d'un mal d'être. La construction de la Défense comme quartier d'affaire parisien devient le lieu de tournage des errances urbaines modernes, symbole de l'opression technocratique.
L'utopie libertaire de soixante huit propose de nouveaux cadres urbains dont le rêve cybernétique de Nicolas Schoeffer. "La Ville cybernétique" fonctionne sur l'articulation d'une vision techniciste, Schoeffer est ingénieur ; Il élabore un système de gouvernance cybernétique première forme de gestion rationnelle de la complexité urbaine. Le film "l'âge de cristal" tiré du roman de William F Nolan "quand ton cristal mourra" montre une société dirigée par un ordinateur qui décide de la péremption des êtres humains en fonction de leur âge. Le romancier décrit un univers souterrain semblable à une fourmillière. L'utopie s'effondre pour créer un univers concentrationnaire. La gestion cybernétique apparait aussi dans la contre utopie de "Zardoz" où la révolution technologique a eu lieu des humains privilégiés se réfugient dans le vortex, où ils sont protégés des turbulences du monde extérieur plongé dans la barbarie. La gestion cybernétique de la communauté est un cauchemar totalitaire qui buttera sur l'entropie car il est nécessiare de mourrir. A l'heure des utopies de retour à la terre et de gouvernement gnostique éclairé (le mythe urbain de la gnose de Princeton), en 1974 John Boorman fait une fresque corrosive dont on ne sort pas indemne, le film est profondément misogyne et les rêves de communauté sont broyés. Il n'y a pas de monde meilleur si ce n'est celui que l'on vit maintenant et ici.
Il n'est déjà plus possible d'envisager la ville de façon utopique, il n'est plus possible de lui opposer la ruralité comme monde meilleur. Le futur semble bloqué.
La période post
moderne commençant dans les années 60 va montrer comment les rêves
s'effondrent et des auteurs comme JG Ballard vont décrire le
désenchantement urbain dans son roman "Highrise", où une tour
d'habitation devient le lieu de violences tribales. La guerre civile
court le long des rêves des urbanistes. Brunner fait loger l'humanité
dans des tours concentrationnaires dans son roman "Tous à Zanzibar", la ville devient le lieu d'une stratégie et d'un conflit
secret dans "la ville est un échiquier" ou un urbaniste doit lutter
contre le complot fasciste qui est à l'oeuvre dans l'urbanisation d'un
projet amazonien. La ville ne peut plus rester à sa place et
Christopher Priest la fait se déplacer au fil du temps dans "un monde
inverti" ou encore elle peut se détacher du monde et voyager dans le
cosmos dans "les villes nomades" de James Blish... Elle peut aussi être
abandonnée comme dans le merveilleux romans de Stefan Wul "Niourk" et "les monades urbaines" de Robert Silverberg décrive en sept nouvelles une utopie urbanistique qui aboutit au cauchemar.
La littérature d'anticipation converge sur le réel
Bibliographie
Science fiction
Niourk, Stefan Wul, collection Présence du Futur, Editeur Denoel, 1971
La ville est un échiquier, John Brunner, Le Livre de Poche,Calmann-Levy,1973
le monde inverti, Christopher Priest, édition J'ai lu, Calman-Levy, 1974
Les villes nomades, James Blish, Présence du Futur, Denoel
Vue en coupe d'une ville malade, Serge Brussolo, Présence du Futur, Denoel
IGH, J. G Ballard, collection science fiction, Calmann-levy,1975
Tous à Zanzibar, John Brunner, édition J'ai lu, Calman-Levy, 1968
Urbanisme
Cités idéales, L'utopisme et l'environnement (non) bati, Ruth Eaton, 2001, Bibliothèque du fond Mercator. Isbn 90-6153-474-7
Mike davis , le pire des mondes possibles, de l'explosion ubaine au
bidonville global, 2006, La découverte, Poche, ISBN 978-2-2071-5289-3
Mike Davis, Au delà de Blade Runner, Los Angeles et l'imagination du désastre, édition Allia, 2006, ISBN 9-782844-852045
L'utopie urbaine au XXe siècle, ebenezer Howard, Frank Lloyd wright, Le Corbusier.
Auteur Robert Fishman, Architecture + Recherche / Pierre Mardaga, 1977, ISBN 2-87009-111-7
Spoiled Climate, R&Sie architects, ouvrage collectif, édition Birkhauser / Ante Prima, 2004, ISBN 3-7643-0128-7
Achitecture non-standard, ouvrage collectif sous la direction de Frédéric Migayrou, Edition du Centre Pompidou 2003, ISBN2-84426-231-7
L'ivre de Pierre, N°3, 10/1980; ouvrage collectif, direction JP Jungmann, édition Aérolande, Paris, 1980, ISBN 2-86251-002-5
L'ivre de Pierre, N°4, 11/1983; ouvrage collectif, direction JP Jungmann, édition Aérolande, Paris, 1980, ISBN 2-86251-004-1
Georg Simmel : ville modernité, sous la direction de Jean Remy, L'Harmattan, collection Villes et entreprises, ISBN 2-7384-3407-X
Les grandes villes et la vie de l'esprit, Georg Simmel et Françoise Ferlan
La ville cybernétique, Nicolas Schoeffer, Collection Médiation, Edition Denoêl
Vous trouverez l'article Cités et civilisations de l'Encyclopédie Visuelle de Science Fiction à cette adresse
http://printemp03.free.fr/sf_pdf/cit%C3%A9s%20et%20civilisations.pdf
Compilation Experience(s) 01, Collection Repérages, édition Art Malta
La grande Arnaca, AlvizeRenzini, 2003,18'
We have decided not to die, Daniel, Askill, 2003,11'