beyondinfinite

Quelques idées éparses sur le monde et son fonctionnement

21 juillet 2008

je cite Christian Bernard

La réponse de Christian Bernard

Pensez-vous que la question du sacré soit au centre de certaines œuvres

contemporaines et, si oui, lesquelles ?

Dans le mouvement de l’art comme dans celui des idées, je préfère être

attentif à tout ce qui participe au désenchantement du monde. Je ne parviens

pas à renoncer à l’idée que l’art ou la pensée puissent prendre quelque part

à l’histoire contrariée de l’émancipation humaine. Et je ne situe pas le

sacré dans cet horizon. Sa persistance comme question et comme croyance me

fait mesurer l’ampleur des défaites de la lignée dans laquelle je voudrais

m’inscrire. 

« Traces du sacré » ne prend pas en considération des artistes tels que

Parmiggiani ou Sarkis dont l’œuvre tout entière porte l’empreinte

mélancolique de cette insaisissable intuition. C’est une lacune

incompréhensible. Y trouver Duchamp prête à rire plutôt que d’en pleurer.

Les ventriloques abusent des morts.

Christian Bernard

7 juillet 2008

merci à François Duconseille

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réponse 03 à Karim Berkani sur l'oeuvre et la problématique d'Alexander Grothendieck

 

 Merci pour ta réponse. Elle va m'aider à faire mûrir ma réflexion.

 Le fameux texte suivant de A. Grothendieck (que tu retrouveras dans R&S) est très

révélateur de ce que j'ai illustré et ce qui m'a donné envie de le faire.
Je pense que A. Grothendieck a dans un premier un rapport sensible et très imagé avec les mathématiques.

Les idées fusent parfois dans un tout incohérent. Cet aspect devrait te plaire : il y a du chaos dans sa façon de faire. La mise en forme de ses théories arrive dans un second temps. Elle est plus seche car il faut rentrer dans le moule de la cohérence. Et, c'est du travail ...
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Parfois en réfléchissant au rapport mathématique et dessin, j'ai parfois l'impression d'être inconsistant car beaucoup de choses se passent dans le champ de l'analogie.

Je suis désolé de plaider dans le champ de l'analogie, mais l'intuition articulée avec l'expérience est une forme de savoir qu'il ne faut pas négliger. Je ne crois pas que A.Grothendieck démentirait cette assertion.

Par conséquent je continuerais en tentant de montrer un paysage intellectuel qui prend parfois la forme d'un discours mathématique et parfois la forme d'une posture esthétique.
Il est par ailleurs illusoire de formuler une proposition esthétique avec des outils axiomatiquement validés.

C'est un discours et un partage du sensible pour paraphraser Jacques Rancière.

Mais afin de me préserver des critiques formulées par les détenteurs du savoir mathématique ou de l'épistémologie mathématique,

Je ne fais ni l'un, ni l'autre, mais je m'intéresse à la façon dont le dessin vacille de l'ordre au chaos, comme peuvent le faire des modèles mathématiques. Ainsi je ne peux astreindre mon discours au moule de la cohérence pour lui garder sa forme poétique.

C'est bien là où les mathématiques s'arrêtent et l'art commence. A ce sujet la notion de cohérence en art est passionnante car

Une proposition emporte sa cohérence avec elle. C'est très inquiétant pour les rationalistes qui croient en une référence commune et parfois universelle.
Et pourtant en physique le modèle des particules « bootstrap » s'échangeant avec le vide quantique est une forme étrange d'auto-cohérence.

Un être existe avec une transaction dans un vide.
On peut ainsi parler de cohérence plus ou moins forte, elle peut autant s'inscrire dans le continuum du milieu de l'art ou dans le continuum des débats esthétiques.

L'urinoir duchampien a fait exploser les cadres absolus en art propulsant l'esthétique dans une multiplicité de postures.

L'ubris a été commise et jamais plus l'Occident pourra revenir sur des propositions platoniciennes en esthétique.

Cette disparition d'un paysage absolu, le beau, le vrai, la ressemblance verse l'art dans la complexité de la pensée humaine et de nos cultures.

Et pourtant tout cela fonctionne, on continue d'enseigner l'art, non plus comme un ensemble de modèles mais plutôt comme une suites d'expériences ou des méthodes pour créer des fonctions ainsi chaque idiosyncrasie peut développer la posture la plus fine égard à elle-même.

C'est pour cela que j'affirme devant mes étudiants maliens "que je viens pour leur enseigner des éléments du folklore occidental".

Je ne peux plus sans mentir affirmer une quelconque universalité à nos propositions esthétiques.

L'humanité à produit des objets d'art sans éprouver la nécessité de leur attribuer les propriétés dont on les dotent actuellement.
J'aimerais bien voir un objet mathématique auto cohérent !

 

Après cette description je suis un peu gêné, on peut penser que l'art n'a rien à voir avec les mathématiques.

Un mathématicien peut toujours prétendre que si il n'y a plus d'humanité, il peut y avoir encore des mathématiques (je ne me rappelle plus du nom de cette école) cette question reste au coeur du débat épistémologique des mathématiques. Savoir si les mathématiques sont naturelles et faites de pensées d’homme. (Nous avons un terme en esthétique pour désigner les images qui ne sont pas faites de main d’homme « archéopoiète » cela sert en particulier pour commenter le miracle de Saint Véronique, c'est-à-dire la trace du visage du Christ sur le suaire) on pourrait imaginer l’archéopoièse d’un axiome… Le théorème de Pythagore ou l’équivalence de la somme de deux carrés avec un autre est une forme récurrente des mathématiques.
Est-elle une production de la nature ?

Sans humanité il n'y a plus d'art. A Grothendieck pense que les mathématiques sont un discours qui aide l'humanité à comprendre le réel, c'est aussi l'une des propriétés que notre civilisation attribue à l'art.
Il est question de dévoilement. Le réel nous échappe alors trouvons des moyens d'y accéder.
C'est au coeur de mes interrogations, quant on assemble des formes et des espaces comment prennent ils leur cohérence ?

Il n'est pas question de vrai ou de faux, mais bien d'une induction de cohérence, semblable au sentiment poétique, cette impression de dévoilement quant un concept mathématique vient à ma conscience comme une structure claire de description poétique.

 Et ensuite on peut résoudre l'ensemble pour le glisser délicatement dans une formulation étayée par les structures de la raison.

 

Certain artistes utilisent des connaissances épistémologiques avec une efficace désinvolture,
je pense à l'incroyable cohérence des "délires daliniens" que tu pourras lire dans "Oui N°1" et "Oui N°2" ou "Journal d'un génie" Collection médiation. Denoël.

En conclusion, l'artiste a le droit de s'approprier des domaines qui ne sont pas les siens et d'acquérir les concepts pour décrire et développer ce qui se passe dans son domaine.

Imagine la richesse d'un cours de dessin qui aurait pris la terminologie topologique afin de pouvoir décrire ce qui se passe sur la feuille.
Comment peut on évoquer ces symétries, ruptures de symétries, ces passages du continu à l'unicité, ces transformations scalaires, ces homologies, boucles, propriétés et nature d'espace etc.

Un espace tramé n'est pas un espace de dégradé.
L'espace des nombres réels est il aussi continu qu'en dégradé polychrome dessiné à la main. Jean Paul Delahaye nous met sur la voie avec un délicieux article que j'ai égaré sur la thermodynamique des courbes.

Pour La Science dans la décennie des année 90... JP Delahaye montre comment l'utilisation des équations de la thermodynamique permet de décrire une courbe qui court aléatoirement dans une feuille de papier et la densité du tracé. On peut naturellement réfléchir plus avant et s'interroger sur la statistique des ruptures et rebroussements.

Ainsi on créé des moyens de description que le dessin possède peu.
Francastel (Art et société) évoquait l'idée d'une fresque géométrique disparue de Versailles dont on a une description littéraire mais que l'on ne saura jamais refaire car cette description est trop floue. Que serait-il advenu de cette description si elle avait été dotée d'une terminologie évoluée ?
Le dessin tout simplement peut apporter aux mathématiques des objets qui n'ont pas été encore décrit.

Nous avons le pont aux ânes de la spirale logarithmique pour expliquer la morphologie des coquillages mais quant est-il de la texture et des vers qui ont fabriqué leur abris dessus, quelle géométrie peut expliquer la morphologie de leur production calcaire ?

Ces questions nous forcent à imaginer de nouveaux outils descriptifs qui aient un minimum de généralité.

continu_discontinu









Quel serait cet espace qui passe progressivement du continu au discret ?
Un ensemble de nombre qui irait progressivement de R vers N…

 

 

Il serait bien sur plus délicat et plus intuitif de faire "un encombrement crayonné"comme exemple.
Je ne connais pas de distribution numérique qui passe progressivement des nombres réels aux entiers naturels.
A ce sujet l'un de mes amis affirmait récemment que la construction des réels avec la suite de Cauchy est "artificielle". C'est une fabrication intellectuelle selon son opinion.

La fonction dzêta avec ces merveilleuses volutes opère dans l'espace des nombres imaginaires ou des quaternions à ce que je sache.

Cet espace tellement complet et complexe ne possède pas l'ambiguïté structurelle de ce dessin.

Naturellement on y pressent la distribution des nombres premiers, mais rien n'a été encore montré.
Un seul dessin peut proposer une autre vision.
(Je propose d'ailleurs de faire un glossaire des termes de géométrie, puis de se l'approprier pour décrire des dessins existants d'artistes contemporains)

Si plus haut je citais ce réel inaccessible, le dessin permet aussi de construire du réel comme un laboratoire des mondes possibles.

Il permet d'éprouver des réalités intellectuelles. C'est une écriture de la pensée (begriftschrift).
On peut sous certaines conditions comme je viens de le montrer accéder à de sérieuses abstractions.
Il s'agit bien moins d'illustrer que d'accéder à la dynamique d'un objet formé dans un espace.

J'ai découvert cela en construisant au compas et à la règle les diagrammes quasi pentagonaux de Penrose.

A partir d'un certaine quantité de décaèdre l'usage du compas diminuait au profit des points d'alignement, la règle retrouvant à elle seule les symétrie. On pouvait ainsi comprendre comment ce motif est la projection d'une forme totalement symétrique dans la cinquième dimension géométrique. Comme expérience mystique c'est formidable !
 Cela permet de toucher l'inconcevable géométrie qui n'est décrite que par l'algèbre.

L'idée d'accession aux mondes possibles est récurrente en dessin. Quand Leonard de Vinci déclare que le dessin est "cosa mentale", il rappel cet aspect essentiel que le dessin est la trace d'une idée. C'est une vision bien plus que son  illustration, c'est le surgissement d'une pensée. L'une de ses formes matérielles.

C'est ainsi qu'il ne faut pas craindre le chaos, et le désordre même en mathématique.

Je mentionnerai Henri Poincaré qui n'avait pas l'habitude de développer ses démonstrations et qui je crois l'avoir lu dans le livre de Jean Dieudonné "Pour l'honneur de l'esprit humain" allait directement des prémisses à la conclusion laissant ses interlocuteurs stupéfaits.

Le philosophe Paul Feyerabend (1924-1994) a développé une épistémologie du chaos et du désordre. Il étend la connaissance à des disciplines qui font "horreur" aux scientifiques.
Son objectif est de combattre ce qui confirme la toute puissance de la raison, il cherche à réhabiliter, l'erreur, l'intuition, l'irrationnel et la magie comme moyens d'accès possibles à la vérité.

La fréquentation d'animistes porte à penser de la nécessité de son travail, car des sociétés fondées sur d'autres croyances ont su fonctionner efficacement.

La limite se dessine au moment où l'on demandera au marabout de définir l'emplacement pour installer une centrale nucléaire. (C'est un sujet qui a été fréquemment exploité en science fiction)
Je comprends la démarche de Paul Feyerabend* dès lors que la raison a permis d'organiser des génocides, que les sciences soviétiques et nazis ont été opérationnelles malgré des présupposés faux (La théorie génétique de Lissensko, les théories raciales de l'anthropologie Nazi (et oui c'en est une malgré tout), la cosmologie d'Orbiger de la Terre Creuse)sans compter les mensonges scientifiques quotidiens, OGM, nucléaire (encore récemment on peut être surpris qu'au Tricastin tout aille bien, alors que 250 kg d'uranium ont disparus dans la nature).

Ces petits exemples montrent combien la raison et ses protocoles ont de si faibles garanties car derrière la raison se cachent les sophismes et les acrobaties rhétoriques.
Comment les mathématiques qui sont un langages pourraient elles être indemnes de ses propriétés ?

 

Finalement les mathématiques ne sont pas exemptes d'idéologies. Alors qu'elles se sont organisées au XIXe siècle dans le rêve positiviste d'une explication rationnel et mécaniste du monde, elles posaient délicatement les questions qui feraient le XXe siècle, géométries non euclidiennes, théorie des groupes, fonction non dérivables, catégories d'infinies, axiomatique et algèbre propositionnelle.
Jean Dieudonné dans l'ouvrage cité plus haut évoque différents portraits de mathématiciens pour montrer leur diversité anthropologique, il cite l'existence d'un mathématicien allemand de génie (je ne m'en rappelle plus le nom) qui convaincu par l'idéologie du IVe Reich a estimé qu'il était bon de participer à l'invasion de la Russie.
Il a définitivement soldé sa carrière à Stalingrad.
Comment un tel individu peut-il pratiquer la même activité que Georg Cantor ?
On pourrait faire ainsi un portrait assez chaotique des mathématiques, mathématiciens et de leurs spécialisations.
N'est ce pas le début de Babel quant certain domaines mathématiques ne sont compris que par cinq spécialistes qui développent leur propre langage et outils de description.

La chaos est là, nous sommes trop inquiets pour l'admettre et qu'il faille comprendre que s'est avec lui que nous devons travailler afin d'assurer des îlots de raison validés par des intersubjectivités travaillant efficacement.
Le chaos est là aussi pour nous assurer un monde plus vaste que nous même garantissant un futur inattendu.
Je citerai le dernier chapitre « le futur comme perturbation » de 'L'archéologie du futur" de Frederic Jameson, Edition Max Milo.
D'une certaine façon les mathématiques ont franchit "le mur de la raison" dès lors que le projet de gestion et de prévision de l'intégration qui fut l'outil essentiel des technologies du XIX e siècle fut dépassé par d'autres mathématiques dont le souci n'était plus d'anticiper, de construire, de modéliser. Après Augustin le Verrier s'aidant du calcul astronomique pour découvrir Neptune, Cantor et les transfinis annonce les mathématiques de Jacobi, celles de l'honneur de l'esprit humain, Henri Poincaré développant le problème des trois corps annonce la théorie de la calculabilité d'un problème, il apparaît le discours du discours, l'exégèse mathématique et le prodigieux miroir réflexif.
Les mathématiques sont un logos, certes spécialisé, certes borné par des protocoles logiques collectivement garantis mais un logos quand même, c'est à dire une production de la pensée partagée par des humains avec une écriture.

Ces idées me confortent dans la conviction que le dessin, lieu de chaos partage avec les mathématiques les notions d'espaces, de fonctions, d'infini, de voisinage et finalement de topologie.
Mais plus encore logos intuitif il donne un accès immédiat à la pensée de son auteur.

 

 


A Grothendieck dénonce le "milieu des mathématiciens" que pourrait-il dire de l'art alors que cette discipline n'offre aucune "paroi sûre" ;
Où est l’art quant il devient le paysage des oukases sociétales et des vérifications relatives ?
Une lecture en pointillés des éditoriaux de l'hebdomadaire Beaux Arts en est la meilleure illustration. (C’est un peu comme Elle, mais pour l’art)
Chaque milieu emporte sa norme, qui se vérifie dans une difficile équation entre la notoriété, la valeur d'échange et les caractéristiques fondamentales.
L'art n'est pas indemne de cette réalité.

Pour autant il y a toujours de l'art. Dans cette production massive, internationale, multi scalaire et multiculturelle de ce mouvement global que l'on nomme art contemporain,
il y a toujours des aventures intellectuelles et des horizons dévoilés. L'art reste valide, l'art est toujours nécessaire. Mais parfois dans mes périodes de grand doute,

Je crois que la création d'un beau théorème est un acte esthétique plus ouvert et plus généreux car il échappera à l'enflure égotique dont souffre l'art de ce siècle.
Le théorème est rapidement une créature autonome qui dans les intelligences trouvera sa place et ses filiations, lui même producteur d'un nouvel horizon mathématique.
J'ai parfois l'impression que ce que l'on peut faire nous appartient si peu alors que nous sommes tellement immergés dans notre culture et notre langage.
Une proposition qui tient dans une ligne est dans ce cas bien plus élégante que les bouffissures en papier glacé de diktats esthétiques de l'industrie du luxe.

Je suis un peu désolé que A.Grothendieck passe du temps à dénoncer les reniements de ses étudiants. Il parait évident qu'une telle personnalité serait à un moment ou à un autre  confrontée à sa communauté. Georg Cantor fut aussi une victime expiatoire sacrifiée sur l'hôtel du conformisme et de l'incrédulité. Kurt Gödel s'est bien gardé de publier ses conséquences métaphysiques de peur de démolir l’œuvre et le mythe qu’il a si adroitement édifié. « Les Démons de Gödel » Pierre Cassous Noguès.

Combien de singularités ont elles été gâchées par leur environnement dans les histoires de nos disciplines ?
Même chez les esprits originaux on doit obéir. J'aurais souhaité une explication anthropologique plutôt qu'un rappel de ceux qui choisirent le reniement.
Je sais maintenant qui est Deligne, mais qu’importe le Who’s who des mathématiciens français, je souhaite pouvoir appréhender de façon plus fine la vision de Grothendieck, qu’importe que l’on soit renié, oublié. La posture du rebelle a un coût, et l’on ne peut être surpris que cela serve à d’autres. Récemment une critique bienveillante et sympathique m’informait que malgré la profondeur de mes questions, personnes n’y comprenait rien et que cela ne concernait pas le public. Je m’en doute un peu. J’étais heureux de l’entendre une fois de plus et je ne suis pas surpris quand celui qui assure une promotion correcte à son travail obtient une commande à Singapour et New York malgré l’inexistence d’une base théorique de qualité.
C’est normal. Il n’y a pas de temps à perdre à le déplorer. Il est bien plus intéressant de comprendre comment il emmène sa pensée.



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Dans Récoltes et Semailles, A. Grothendieck :

"Prenons par exemple la tache de démontrer un théorème qui reste hypothétique

(À quoi, pour certains, semblerait se réduire le travail mathématique).

Je vois deux approches extrêmes pour s’y prendre. L’une est celle du marteau

et du burin, quand le problème pose est vu comme une grosse noix, dure et

lisse, dont il s’agit d’atteindre l’intérieur, la chair nourricière protégée par la

coque. Le principe est simple : on pose le tranchant du burin contre la coque,

et on tape fort. Au besoin, on recommence en plusieurs endroits différents,

jusqu’`a ce que la coque se casse – et on est content. [...]

Je pourrais illustrer la deuxième approche, en gardant l’image de la noix

qu’il s’agit d’ouvrir. La première parabole qui m’est venue `a l’esprit tantôt,

c’est qu’on plonge la noix dans un liquide emollient, de l’eau simplement

pourquoi pas, de temps en temps on frotte pour qu’elle pénètre mieux, pour

le reste on laisse faire le temps. La coque s’assouplit au fil des semaines et

des mois – quand le temps est mur, une pression de la main suffit, la coque

s’ouvre comme celle d’un avocat mur à point ! Ou encore, on laisse mûrir la

noix sous le soleil et sous la pluie et peut-être aussi sous les gelées de l’hiver.

Quand le temps est mur c’est une pousse délicate sortie de la substantifique

chair qui aura perce la coque, comme en se jouant – ou pour mieux dire, la

coque se sera ouverte d’elle-même, pour lui laisser passage. [...]

Le lecteur qui serait tant soit peu familier avec certains de mes travaux

n’aura aucune difficulté à reconnaître lequel de ces deux modes d’approche

est “le mien” . "

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Grothendieck décrit un travail d'atelier, on peut passer en force. Mais le plus souvent les morphologies intéressantes viennent en douceur, comme une libre disposition de l'esprit, non pas comme un effet de la volonté, mais l'apparition de circonstances propices à la pertinence. C'est probablement l'idée du démiurge, l'ombre de Gauss et Picasso qui fait penser que ces choses apparaissent en fonction de la volonté. Ce sont des mythes. Le travail et la fréquentation permanente de son sujet, mais aussi son éloignement périodique le renforce, le chemin se faisant à la mesure des circulations intimes de l'intelligence et du regard.
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Concernant ta réponse sur l'art numérique, j'aimerais ajouter quelques

précisions. J'ai compris que tu n'es pas complètement enthousiaste ?

J'ai une table à dessin (depuis 5 ans, un vieux modèle maintenant).

Je ne l'ai pas beaucoup utilisée, j'ai fait quelques essais notamment

celui là pour sauvons la recherche

http://www.sauvonslarecherche.fr/IMG/jpg/sr5.jpg

 

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Si je le suis (enthousiaste) ; mais la démarche est complexe car il faut pouvoir définir sa posture esthétique.

Par exemple pour faire des dessins avec un logiciel alors que l'on peut les faire à la main.

On sait que sous certaines conditions le logiciel peut apporter de nouveaux moyens.

Par exemple quand je vectorise une de mes peintures analogiques pour créer un morphing sur une autre peinture analogique.

J'ai réellement besoin d'un outil numérique, car une peinture intermédiaire faite à la main serait bien plus un troisième individu qu'un mutant de synthèse. En l'occurrence c'est cette mutation de l'analyse vectorielle d'un espace de points puis une bijection vers un autre espace matriciel qui est intéressante.
C'est à mes yeux, semblable à la téléportation sur l'Enterprise de Star trek.

Je suis très favorable aux démarches de mes camarades mathématiciens en art plastique mais je souhaite vous offrir les rudiments des analyses critiques permettant de prendre une distance avec la création. C'est très utile car cela permet de mieux y revenir débarrassé des naïvetés esthétiques qui invalideraient les intuitions.
J'ai été invité à un colloque art / mathématique récemment où une fois encore les formes surgissaient des intelligences mathématiques comme immanentes et n'ayant de justification que leur "beauté incontestable", c'est un peu triste d'utiliser tant d'intelligence pour des conclusions si faibles. (Pour la Science du Mois de Juillet propose à ce sujet un article de JP Delahaye (que je respecte beaucoup) où l'on voit deux artistes sculpteurs mathématiciens. Ils font des formes passionnantes mais quid des questions contemporaines de la sculpture, questions de l'espace, de la matière, du socle, de la mise en place, de la signification, du genre. Toutes ses questions sont éludées par le discours mathématique. (Passionnant !) C'est la difficulté d'être dans les zones intermédiaires, il est nécessaire d'envisager plusieurs postures et la multiplicité des points de vues. Ainsi l'esthétique de la complétude morphologique et de l'immanente beauté (Platon) ne peut nourrir un regard esthétique contemporain.


En gros si l'on emploie une technique, c'est que cela est totalement justifié. Surtout si elle est très apparente. Et que si l’on travail dans un domaine intermédiaire, il faut être un généraliste de « bonne qualité ».

Il est souvent souhaitable de tenir à distance les "trouvailles" des ingénieurs car elles sont souvent motivées par des nécessités marketing.

Je vois dans mes cours, des étudiants qui arrivent avec des filtres en guise de proposition esthétiques. Alors "Je roule dessus" avec impatience et désinvolture. Souvent "ils sont humides" après. Ces solutions ne relèvent en aucun cas d'une pensée élaborée. C’est ainsi que je vide malencontreusement mon atelier avec de maladroites remarques sur les abandons démagogiques de mes contemporains.

Rares sont ceux qui emploient les outils numériques pour ce qu'ils sont ou peuvent être.
Nombreux ceux qui emploient ces outils sans une distance critique simplement afin de faire une image plus impressionnante que la précédente. C'est pour cela qu'une mise à distance est très utile.

Parfois le dessin à la main et une bonne photocopieuse peuvent faire l'affaire. Collage et découpage !


L'art numérique est passionnant quant il met en jeu les genres et la procédure :

Les genres, quant il joue sur les transitions modales de l'analogique au digital, de la peinture à l'estampe... et la procédure, quand l'image est programmée.
Je t'invite à explorer un merveilleux outil créé par John Maeda et ses étudiants du MIT
processing.org
il est au confluent des problématiques esthétiques et de la pensée procédurale.
Sigmar Polke a travaillé sur le rapport de la peinture et des impressions numériques, François Morellet a fourni un œuvre ample nourrie d’un regard mathématique ouvert et intelligent. Plus complexe et ouvert, bien moins formaliste et illustratif que Escher. Leurs œuvres sont denses et évoluées.

 

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Les stylos ont beaucoup évolué : il est notamment maintenant possible de grossir ou

d'affiner le trait suivant la force qui est posée dessus. Cette technique m'a plue car je trouvais ici un lien sensible. J'ai l'impression qu'il y a un "nouveau" type d'interaction sensible à explorer.

 

Bonne soirée,

Karim

*Annexe texte de Paul Feyerabend (autrichien, 1924-1994)

 

L'hypothèse qu'il existe des règles (des critères ?) de connais­sance et d'action universellement valides et contraignantes est un cas particulier d'une croyance dont l'influence s'étend bien au-delà du champ des débats intellectuels. Cette croyance (dont j'ai déjà donné quelques exemples) peut se formuler de la manière suivante : il existe une bonne manière de vivre et le monde doit être organisé pour s'y conformer. C'est cette croyance qui a donné leur impulsion aux conquêtes musul­manes ; elle a soutenu les croisés dans leurs batailles sanglantes ; elle a guidé les découvreurs de nouveaux conti­nents ; elle a aiguisé la guillotine et elle fournit son carburant aux débats sans fin des défenseurs libertaires et/ou marxistes de la Science, de la Liberté et de la Dignité. Évidemment, chaque mouvement donne à cette croyance un contenu parti­culier qui lui est propre ; ce contenu change dès que des diffi­cultés surgissent et se pervertit dès que des avantages person­nels ou de groupes sont impliqués. Mais l'idée que ce contenu existe bel et bien, qu'il est universellement valide et qu'il justifie une attitude interventionniste a toujours joué et joue encore un rôle important (comme on l'a dit plus haut, cette croyance est même partagée par quelques critiques de l'objectivisme et du réductionnisme). On peut supposer que l'idée est une survi­vance d'époques où les affaires importantes étaient dirigées à partir d'un centre unique, un roi ou un dieu jaloux, soutenant et conférant autorité à une vision du monde unique. On peut supposer encore que la Raison et la Rationalité sont des pouvoirs de même nature et qu'ils sont entourés d'une aura identique à celle dont jouirent les dieux, les rois, les tyrans et
leurs lois sans pitié. Le contenu s'est évaporé ; l'aura reste et permet aux pouvoirs de survivre.

L'absence de contenu constitue un avantage fantastique qui permet à des groupes particuliers de s'autoproclamer « ratio­nalistes », de prétendre que leurs succès sont dus à la Raison et d'utiliser la force ainsi mobilisée pour supprimer des dévelop­pements contraires à leurs intérêts. Inutile de dire que la plupart de ces prétentions sont fausses.

Adieu à la Raison (1987), trad. B. Jurdant, Seuil, 1989.

Allez voir au-delà de la raison


 

La science n'est pas sacro-sainte. Les restrictions qu'elle impose (et de telles restrictions sont nombreuses, bien qu'il ne soit pas facile d'en faire la liste) ne sont pas nécessaires pour avoir sur le monde des vues générales, cohérentes et adéquates. Il y a les mythes, les dogmes de la théologie, la métaphysique,
et de
nombreux autres moyens de construire une conception du monde.
Il est clair qu'un échange fructueux entre
la science et de telles conceptions non scientifiques du monde aura encore plus besoin d'anarchisme que la science elle-même. Ainsi l'anarchisme n'est-il pas seulement une possibilité, mais une néces­sité, à la fois pour le progrès interne de la science et pour le développement de la culture en général. Et la Raison, pour finir, rejoint tous ces monstres abstraits — l'Obligation, le Devoir, la Moralité, la Vérité —, et leurs prédécesseurs plus concrets — les Dieux — qui ont jadis servi à intimider les hommes et à restreindre un développement heureux et libre ; elle dépérit...


Contre la méthode. Esquisse d'une théorie anarchiste de la connaissance (1975),

trad. B. Jurdant et A. Schlumberger, Seuil', 1979.

 

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02 juillet 2008

En réponse à Karim Berkani autour de la question des mathématiques et du dessin

Bonjour,

Ce qui m'intéresse avec vos dessins, c'est que vous prenez le risque de la graphie sans sacrifier à une illusoire correspondance (j'oserais dire bijection entre l'idée et sa représentation)
Souvent les travaux art et  mathématiques pêchent par ce défaut. Beaucoup pensent que le dessin est une représentation comme le cercle au compas serait l'expression imprécise de l'équation du cercle.
Alors on illustre d'une manière ou d'une autre les concepts mathématiques, et l'aspect dessiné valide la présence de cette réalisation dans l'art. Cela peut fonctionner jusqu'à un certain car "le dessin est la carte et le territoire", phénomène et représentation, il oscille en fonction de ce que l'observateur veut en faire.

par exemple l'expérience du cercle en dessin est différente de son équation mais elle permet de méditer la de nombreuses notion d'espace,(le continu, le discret, la séparation, la limite, la bordure, le disque, la symétrie) et une foules de concepts sous jacents).. et bien sur, l'échelle et plein d'autres concepts géométriques liés à sa nature graphique et matérielle.
Ainsi le cercle dessiné est une expérience prolongée du cercle en équation, ils sont tout deux liés par des
propriétés topologiques, mais il reste très différents d'un point de vue phénoménologique, c'est probablement ce que ressentaient les mathématiciens formalistes du groupe Bourbaki qui souhaitèrent abandonner les schéma dessinés qui sont à leurs yeux entachés d'erreurs au profit d'une démarche axiomatique et abstraite.
Au sens où ils entendent les mathématiques, ils ont raisons. Mais ils ignorent que le dessin reste une matière à penser l'espace et les rapports les objets, et plutôt que d'aller de l'axiome à sa figure dans le souci d'une exactitude formelle, on peut simplement s'interroger sur la nature mathématique de la forme que l'on observe ou que l'on vient de réaliser.
Ainsi le dessin aurait des propriétés semblables au raisonnement mathématique où les rapports s'articulent dans une logique formelle.
Il existe un exercice propre aux physiciens qui n'ont pas toujours un accès immédiat aux sujets qu'ils étudient. Le Gedankenexperiment est l'expérience pas la pensée, formalisé par Ernst Mach au début du XXe siècle, le cerveau est un laboratoire de physique, il simule des phénomènes, le dessin peut être l'un des premiers résultats d'une opération de gedankenexperiment.
Léonard de Vinci dont l'immense imagination s'est essayé avec succès dans de nombreux domaines a insisté sur le dessin en le nommant "cosa mentale" ainsi à la mesure de mon expérience de dessinateur et de mes prédécesseurs il est innocent de penser que le dessin n'est que la trace du phénomène ou la représentation d'une idée, il peut être l'idée en soi, je le répète dans ce cas "la carte est le territoire"
Cette affirmation peut déranger nos habitudes séparant le processus intellectuel de ces outils de diffusion.
Il est vrai que ceux qui sont habitués aux graphes des livres de mathématique auront du mal à penser que les étapes du graphes élaboré à la mesure de sa progression et de ses repentir est la trace lumineuse du cheminement de la pensée.
On voit cela tout les jours en regardant les dessins d'artistes.
Ainsi il y a de la place pour le dessin et les mathématiques.

Alors comment montrer que certains travaux emportent une esthétique cohérente vis à vis des formes en usage en art contemporain ?

Au début du texte je me permets d'associer un axiome ou un théorème à un poème, à mes yeux l'axiome et le théorème sont la possibilité d'un monde, comme la suite de Cauchy permet d'édifier l'ensemble des nombres réels. L'ensemble des nombres réels contient tous les poèmes imaginables... (J'aimerais être en mesure de démontrer qu'il existe toujours un nombre réel dont la suite est une phrase lisible dans notre langage)

L'art contemporain a fait disparaitre l'esthétique du vrai et du beau au profit de postulats esthétiques, il peut y avoir une esthétique de l'incohérence comme on peut encore revendiquer un esthétique de l'immanence. cette possibilité étendue multiplient les mondes et déclenche un relativisme étendu. Cette  transformation est en cohérence avec le développement des ontologies humanistes et individualistes mises en place au XXe siècle.
Alors que toutes les vérités ne se valent pas, le plus souvent c'est la cohérence fond / forme qui valide aux yeux des spécialistes la solidité d'une démarche.
(Si l'on tente de s'abstraire des diktats et oukases sociétales générés par la communauté et ses modes de promotion) Nous sommes loin des méthodes de vérification qui fondent le corpus des mathématiques.
En art c'est aussi la marche qui fait le chemin, aussi il est possible d'envisager un lien entre entre les mathématiques et le dessin comme l'expression d'une pensée, en se gardant bien de vouloir faire du dessin l'illustration d'un concept mais le concept en soi.

Cette position est extrêmement inconfortable car elle présente autant de faiblesses doctrinales en art qu'en mathématique, mais elle a le mérite d'explorer un domaine fragile mais étendu qui possède la formidable propriété de redéfinir des zones poétiques entre l'imagination, les mathématiques  et l'art... Il s'agit probablement et simplement d'une pensée visible.

http://kberkani.site.voila.fr/

http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=179#

Dans le dessin il y a la nécessité de rentrer de l'hétérogénéité (que je devrais définir ultérieurement) qui constitue sa poésie et sa liberté...

Un peu comme si j'affirmais qu'un axiome est un poème.

Pour répondre plus précisément à votre question :
le dessin développe des morphologies innombrables et des opérations complexes de
correspondance.
Par exemple on peut définir des asymétries, des disymétries, des jeux d'échelles
on peut sur la texture trouver des passages du continu au discret, dans un
dégradé de couleur qui aboutit à une trame...
On peut s'interroger sur ce que peut être l'espace non peint (réserve) comme
forme d'ensemble vide...
On peut aussi penser à la densité du trait et l'infini... Cela rejoint les
fractales sans avoir de protocole régulier de développement.
Il y a un réel projet pour voir comment la terminologie géométrique
contemporaine développe des concepts ignorés par les artistes.

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17 juin 2008

this is the picture excellent

Un cours d'esthétique de Peter Gabriel

this is the picture excellent

flying birds
excellent birds
watch them fly, there they go
falling snow
excellent snow
here it comes. watch it fall

long words
excellent words
I can hear them now

this is the picture, this is the picture
this is the picture, this is the picture

I'm sitting by the window
watching the snow fall
I'm looking out
and I'm moving, turning in time
catching up. moving in
jump up! I can land on my feet. look out!

this is the picture, this is the picture
this is the picture, this is the picture

looking out. watching out
when I see the future I close my eyes
I can see it now

I see pictures of people, rising up
pictures of people, falling down
I see pictures of people
they're standing on their heads, they're ready
they're looking out, look out!
they're watching out, watch out!
they're looking out, look out!
they're watching out, watch out!

I see pictures of people
I see pictures of people

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09 juin 2008

un lien sur Edward Bernays...

Il s'agit d'un documentaire sur "l'industrie du consentement"

Edward Bernays crée au début du siècle la théorie de manipulation de l'opinion.

Vous pourrez voir un excellent documentaire à cette adresse

http://www.editions-zones.fr/spip.php?article33

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07 juin 2008

Un espoir pour l'humanité à la mesure de l'anthropologie numérique, conséquences politiques...

C'est en réfléchissant à l'anthropologie numérique qu'une question est apparue ; alors que l'humanité vit en changement comment relancer un espoir humaniste et progressiste avec des outils qui changent totalement les rapports humains ?

je cite l'éditeur de Bernard Stiegler :

Aujourd'hui nous vivons un nouveau stade de la longue histoire de l'évolution technique de l'humanité. Demain, l'homme sera-t-il désemparé de lui-même, de sa conscience, ou saura-t-il exister avec les puissantes machines et réseaux qui cherchent déjà à instaurer un psychopouvoir ?

En effet Google, Yahoo, Microsoft et Apple sont des organisations plus puissantes que certains états. Transculturels, interdimensionnels en terme de contacts, s'adressant indifféremment à l'individu, au groupe, à la communauté, à la nation et au monde entier, on comprend bien comment un pyschopouvoir peut s'installer à travers l'utilisation quotidienne et indispensable de ces outils...
De surcroît une fracture supplémentaire sépare les humains, il y avait ceux qui sont analphabètes et ceux qui savent lire ; une couche supplémentaire est apparue, ceux qui savent utiliser l'ordinateur et ceux qui savent programmer...
Cela peut expliquer le prestige du hacker qui, comme un démiurge est le seul pouvant attaquer le système de coercition numérique avec efficacité. Le psychopouvoir est en place alors comment créer un contre pouvoir qui continue de garder l'humanité dans le cours de son évolution numérique ?

Les logiciels libres sont le noyau de réponse, le creative common et les connaissances ouvertes sont des postures efficaces et vertueuses, les communautés peuvent aussi constituer des contre-pouvoir, la démocratie et les droits de l'homme ne sont pas des acquis mais des idées qui doivent être constamment réitérer et appréciées à la mesure des changement de notre société...

Berrnard Stiegler diffuse un manifeste avec son équipe de arsindustrias qui parle précisement de ce sujet.

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Les "maos", le mythe de l'ouvrier et d'autres lieux communs...

Au fur et à mesure des commémorations de Mai 68, on peut revenir sur des évènements  et des actes qui peuvent paraître surprenant. Ainsi le mouvement "maoiste" français est né autour des enseignements de Louis Althusser à l'ENS, de brillants jeunes gens assistaient à ses cours, certains ont formé ce que l'on nomme "la gauche prolétarienne" Ils envisageaient l'ouvrier comme le héros de classe, celui qui aurait la sincérité pour lui, ils l'opposaient au bourgeois corrompu. Je suis surpris que de telles intelligence n'aient pas su être plus lucides et comprendre plus rapidement que leurs modèles sont erronés... Il n'y a pas plus d'intelligence dans une classe plutôt qu'une autre, mais il est plutôt urgent de s'interroger sur la violence des symboles sociaux et sur la façon dont les paroles sont confisquées. Morgan Sportès fournit des images éclairantes à ce sujet, comment une idéalisation violente ne venait qu'en retour à des violences symboliques décrites dans les mythologie de Roland Barthes. Discours circulaires, tautologies, évidences immanentes et double contraintes sont les instruments de la violence sociale. Le mouvement de Mai 68 a transformé la société française, beaucoup d'acquis sont nés du mouvement mais il reste indispensable de garder une posture critique afin de pouvoir interpréter cette époque et d'en conserver les acquis de façon progressiste.

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06 juin 2008

Alexander Grothendieck

Grothendieck est une génie des mathématiques, il aura comme Einstein marqué son siècle, il est apatride et anti militariste. Il  vit reclu dans les Pyrénnées. Son histoire et passionnante, il serait dommage que le public cultivé passe à côté de lui... Né en 1928, il échappe à la barbarie Nazi, son père mourra à Dachau.
Assistant de Laurent Schwartz, il recevra la médaille Fields très jeune. Il la refuse car il pense que les mathématiques doivent servir la pensée et ne pas se soumettre à des utilisations qui nuisent à l'humanité. Opposé aux "résolveurs de problèmes" il fait passer les mathématiques derrière l'écologie. Il refuse de se soumettre à la communauté des mathématiciens et la dénonce dans Récoltes et semailles. Réflexions et témoignages sur un passé de mathématicien
C'est dans années 50 qu'il élabore les éléments de géométrie algébrique. C'est une théorie mathématique qui comprend celles des courbes elliptiques (ce qui aboutit pour le profane aux courbes de Béziers et Nurbs ( http://ibiblio.org/e-notes/Splines/NURBS.htm) en image de synthèse mais aussi qui aura permit la démonstration du dernier théorème de Fermat par Andrew Wiles. Il ouvrira de nombreuses voies aux mathématiciens  du XXIe pour lesquels la géométrie algébrique est essentielle car elle permet de jeter un pont entre l'arithmétique et la géométrie.

Beaucoup de ses découvertes peuvent paraitre inaccessible au grand public, mais il faut garder aussi à l'esprit que l'un de ses convictions était l'importance de créer des concepts, ainsi il aura formulé de nombreux  objets  mathématiques aux noms poétiques et évocateurs...

Les recherches sur Internet à son sujet sont très insatisfaisante, les liens français obtenus sur Google mènent souvent à des pages disparues. Le souci de de discrétion de Grothendieck a t-il contaminé la toile ?

Son ouvrage
Récoltes et semailles n'est toujours pas édité...

Après avoir trouvé des extraits de son livre, on y trouve des passages sur la création et sa dynamique, ces passages parlent de la façon dont les idées viennent à l'esprit, de la sorte c'est une phénoménologie de la création.

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05 juin 2008

Un éléphant dessine...

Alors que nous avons la certitude que les animaux supérieurs développent des cultures, voici un éléphant qui dessine très correctement...Une nouvelle preuve quant à la révision de notre attitude vis à vis des animaux.
http://graphicfacilitation.blogs.com/pages/2008/04/elephant-scribe.html

Desmond Morris fut l'un des premiers anthropologue à s'intéresser à l'art des singes. Il montra que certains singes peuvent peindre car c'est intéressant, il le font pour eux mêmes, se mettent au travail  spontanément d'autres l'autre le font car ils bénéficie d'une gratification. Certains singes ont nommé leur sujet avec la langue des signes. Ainsi nous trouvons des postures créatives diversifiées, motivées par différentes stratégies on trouve  des attitudes semblables à celles de humains. L'excellent livre de Thierry Lenain sur la peinture des singes est encore trouvable...
La peinture de Chardin est une allégorie de l'artiste imitateur et vaniteux... Cette image simiesque n'est plus d'actualité, l'animal recouvre peu à peu son autonomie ontologique à travers les progrès de l'éthologie, il fut objet au temps de Descartes, il devient peu sujet et individu. Comme cet éléphant qui accède à la représentation, l'observation fine de l'animal permet de comprendre qu'ils ont une conscience.


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04 juin 2008

Regulus, le centurion éblouit...

Regulus (1828 et 1837), tableau du Britannique J.M.W. Turner, représente le supplice d'un centurion romain auquel on a arraché les paupières, non en figurant le personnage, mais en aveuglant le spectateur par un effet centrifuge de soleil sur la mer.

Cette peinture est citée par le conservateur du Musée d'Orsay qui signe l'exposition sur les origines de l'Art Abstrait. Ce choix est judicieux car ormis les interdictions de représenter le divin, il n'y a pas d'expérience de l'irreprésentable. J.M.W. Turner fait vivre l'expérience de Regulus. Cette posture est doublement moderne au sens où la peinture n'est plus vécue comme un discours mais comme une expérience, la peinture est aussi un moyen d'accéder à l'irreprésentable, Danièle Gutman enseignante d'Histoire de l'Art à l'ESAH a rédigé un article sur l'expérience de Rothko comme la peinture du voile cachant la présence divine dans les synagogues. Rothko peint ce qui cache l'inaccessible car il n'est pas donné aux êtres humains de voir Dieu. Edgar Morin cite La Rochefaucauld dans son livre sur l'homme et la mort écrivant "Que le Soleil et la mort ne peuvent se regarder en face". Le mythe de Méduse qui pétrifit de son regard est un autre axe de la question de l'inaccessible au regard.

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